Interview Erik Gonzalez
Les femmes de cinéma sont à l’honneur des 26e Rencontres ciné-latino de Toulouse 2014. Erick Gonzalez, son programmateur, s’en explique.
Les femmes de cinéma sont à l’honneur des 26e Rencontres ciné-latino de Toulouse 2014. Erick Gonzalez, son programmateur, s’en explique.
En Afrique du Sud, Layla (Rayna Campbell) gère seule Kane, son jeune fils, très turbulent, et sa vie. Elle vient de trouver un emploi dans une société de sécurité qui attend d’elle qu’elle passe au détecteur de mensonges les futurs employés de ses clients.
Sans faire de zèle, Layla est appliquée, volontaire. Quand sa société l’envoie à l’autre bout du pays accomplir sa tâche, elle part sans frémir, accompagnée de son fils dont personne d’autre ne veut assurer la garde.
Mais, un accident de la route va mettre en péril sa probité. Par hasard, elle assiste à la mort d’un homme. Par coïncidence, son fils fait partie des employés qu’elle doit sonder. Kane est le seul témoin de cette situation. Alors qu’elle est constamment en recherche de vérités, elle va le pousser à mentir.
C’est un film étrange, difficile à dater : son image est légèrement vieillotte, jaunie alors que son propos ne peut être contemporain. Basé sur un dilemme très puissant mais qui ne repose que sur une surenchère de coïncidences, le propos est pourtant stimulant, jouant sans cesse sur la relativité de la vérité comme du mensonge, sur les limites de la culpabilité et sur le nécessaire maîtrise d’éléments justement incontrôlables.
Mais, le rythme éminemment lent et souvent faux, l’ambiance étrangement irréelle, les coïncidences scénaristiques enlèvent à ce qui aurait pu être un vrai grand film dérangeant, porté toutefois par un beau rôle de femme. Mais, du coup, on reste extérieur à ce qui aurait dû être impliquant et l’on se pose jamais la question qui aurait dû récurrente : « qu’aurais-je fait à sa place? » Ce qui n’a toutefois pas empêché au film de recevoir une mention spéciale du jury au Festival de Berlin 2013.
2013 – Allemagne/Afrique du Sud/ France – 2013
Tout un programme de courts-métrage consacré à la carotte : il fallait y penser et l’idée est succulente !
Le premier film, qui aborde le sujet de la gourmandise et de la pénurie de « confiture de carottes », offre même une recette à faire chez soi.
Le second, inspiré d’un conte russe, décrit, dans un décor épuré et sans parole, l’entraide familiale nécessaire pour réussir à arracher une « carotte géante ».Le suivant, plus classique dans son dessin et dans son intention, vante le bonheur de partager son repas avec ses amis.
Mais, le clou du programme arrive à la fin et raconte la rencontre entre un écureuil et un lapin et leurs différends culinaires et olfactifs. L’un aime les noisettes, l’autre les carottes et s’ils sont tous les deux d’excellents cuisiniers, ils se lassent des mets préférés de l’autre, en chantant, mais vont jusqu’à se fâcher.
Pourtant quand l’un est menacé, l’autre a du remord et vient lui porter secours. Joyeux, enlevé, ce petit film riche en suspens et en rebondissements est bien alléchant… Il ne manque que l’odeur pour qu’on s’y lèche les babines avec gourmandise !
2013 – France/Belgique – 0h45
En partenariat avec Grains de Sel
Pas facile de refaire sa vie à 40 ans passés. Eva (Julia Louis-Dreyfus), masseuse à domicile de son état, redoute autant de se retrouver seule, le jour où sa fille partira pour l’université, que de se remettre en couple.
Lors d’une soirée, elle va faire la connaissance d’une poétesse (Catherine Keener) qui aura recours à ses mains expertes et d’Albert (James Gandolfini), un homme chaleureux. Même s’il ne répond pas aux canons habituels de la beauté (il est gros), Albert est adorable, attentionné, bourré d’humour.
Eva et Albert tombent vite amoureux l’un de l’autre, jusqu’au jour où Eva comprend que Marianne, la poétesse, est son ex. Et elle dresse un portrait horrible de son ancien compagnon.
Si l’intrigue est parfaitement téléphonée (on devine tout de suite ce qui va se passer), l’intérêt de cette comédie sentimentale gentillette est ailleurs. Tout d’abord, les acteurs sont au diapason et c’est une idée très rafraichissante de donner le premier rôle à la moins connue de la troupe, Julia Louis-Dreyfus. Elle est parfaitement entourée de James Gandolfini dont c’est la dernière prestation à l’écran, de Catherine Keener, de Toni Collette…
Ensuite, le film s’attarde sur deux étapes de la vie peu traitées au cinéma : l’angoisse des parents au moment où les enfants quittent le foyer, la nécessité de reconstruire sa vie après l’échec d’un mariage et de longues années de solitude. Eva est dans ce cas précis.
Elle va, de plus, se laisser complètement influencée par l’ex-femme de son nouvel amoureux par simple peur d’un changement de vie, d’un nouvel échec, d’un nouveau bonheur et par un manque profond de confiance en elle. Et plutôt que de juger l’homme qu’elle aime par elle-même, elle va reprendre à son compte les reproches d’une autre personne, sans distance, sans recul, sans s’apercevoir que ce qui ne convient pas à l’une conviendra peut-être à l’autre.
Partant de cet état de fait, le film aurait pu être grinçant, faire un peu mal. Là, tout est trop gentillet et d’une humeur trop égale, trop superficielle finalement pour qu’on apprenne beaucoup plus sur la vie de couple et sur la complexité des sentiments. Dommage…
2013 – Etats-Unis – 1h 33
Hollywood. Sexe. Pouvoir. Le tout emmené par Paul Schrader, Bret Easton Illis et Lindsay Lohan. Ca devrait donc dépoter, briser les conventions, déranger les esprits, sentir le vénéneux et la perversité à mille lieux à la ronde…
Mais non ! Rangez vos illusions. Non pas que « The canyons » soient un modèle d’angélisme, mais c’est un peu comme-ci le vénéneux des années 1980, vu et archi revu depuis, avait vraiment perdu tout son soufre aujourd’hui.
A Hollywood, derrière la baie vitrée d’une magnifique villa des collines, vit un couple, Christian et Tara. Il est producteur, elle est actrice. Il est jaloux, elle ne lui a pas tout dit mais le tient plus ou moins en acceptant ses jeux sexuels assez pervers. Devenu fou quand il découvre qu’elle connaît l‘acteur qu’il vient d’engager, Christian fait n’importe quoi… Sans limites.
Sexe et manipulations, voilà un cocktail qui ne fait plus tellement frémir depuis longtemps. Surtout quand il est filmé avec un tel désir de provoquer que l’effet tombe aussitôt.
On reconnaît volontiers l’attirance de Paul Schrader (American Gigolo, Patty Herast ou encore les scénarios qu’il a écrit : Taxi driver, La dernière tentation du Christ…) pour ses sujets borderline, la perversité décadente de Bret Easton Illis (auteur d’ « American Psycho ») et cette manière de filmer complètement datée, dépassée.
Enfin, en confiant le rôle principal à Lindsay Lohan, pas mauvaise mais tellement abimée par ses excès et par la chirurgie esthétique, les deux auteurs signent une sorte de testament auquel ils ne croient plus eux-mêmes, mais sans savoir quel nouveau chemin ils pourraient emprunter. On a rarement vu un film aussi décadent et décati.
Un seul bon point : le super générique avec des très belles images de vieilles salles de cinéma abandonnées. C’est tout dire…
2013 – Etats-Unis – 1h39
Un film fantastique, signé par une femme, voilà un phénomène assez rare. Et quand cette femme est Marina de Van, on sait que l’on peut s’attendre à quelque chose d’intrigant, de dérangeant.
Neve, 11 ans, vit avec ses parents et son petit frère, un bébé, dans une luxueuse demeure de la campagne irlandaise. L’ambiance familiale est froide et tendue. Une nuit alors que la tempête s’est levée, les murs de la maison, les meubles se mettent à bouger… à tel point que tous sont tués sauf Neve qui en réchappe.
Elle est recueillie par une famille aimante. Mais, rien ne semble effacer ses troubles. Quand Neve se met à pleurer, la vie de ses proches est en danger. Car Neve a un compte très lourd à régler avec la vie…
Marina de Van est une réalisatrice douée pour créer des ambiances inconfortables et qui aborde, à sa façon, des sujets délicats, souvent des troubles du comportement, des post-traumas qu’elle confie toujours à des personnages féminins.
« Dans ma peau » parlait de scarification et de mutilations physiques, « Ne te retourne pas » de dédoublement de la personnalité. Cette fois, il faut comprendre (mais on ne le comprend pas vraiment) que Neve est abusée sexuellement par ses parents complices et que c’est cette anormalité affective (ce délit soyons clair, mais ce n’est pas traité comme tel) qui la rend destructrice.
Il est toujours gênant de devoir de comprendre les intentions d’un auteur non pas dans son film, mais dans les interviews qu’il livre, dans les livres qu’il a lus etc…. C’est le cas ici.
Du coup, on finit par se désintéresser de l’héroïne et des traumas, en se demandant : pour elle ? pourquoi les meubles ? Pourquoi ces morts ? Pourquoi l’Irlande ? Pourquoi quoi !
2013 – France/Irlande/Suède – 1h30
©-Karina-Finegan
Connaissez-vous Monica Zetterlund ? Une chanteuse de jazz suédoise à la voix en or et au physique très avantageux qui a chanté avec les plus grands jazzmen américains, avant de devenir actrice et de disparaître tragiquement à l’âge de 67 ans.
Ce biopic touchant revient sur deux années déterminantes de sa vie, au début des années 1960, quand elle quitte son village provincial d’Hagfors pour conquérir la scène internationale.
Très douée, elle est vite repérée par un chasseur de talents. Mais, sa première scène newyorkaise lui laisse peu d’espoir. Rentrée en Suède, elle poursuit sa carrière et innove en chantant du jazz en suédois.
Son succès est immédiat et lui vaudra une future consécration aux Etats-Unis, où elle est une des rares chanteuses à enregistrer un album avec Bill Evans, une reprise de « Waltz pour Debby » qui donne son titre au film.
Sa carrière est successivement riche de coups d’éclat et d’échecs cuisants ( à l’Eurovision par exemple), à l’image de sa vie personnelle chaotique. La garde de sa fille lui est souvent confisquée par son propre père, un homme tyrannique duquel elle a dû mal à se faire aimer.
Très populaire auprès du public et de la gente masculine, elle multiplie les aventures, devient vite ingérable à cause de son alcoolisme… mais renaît actrice.
Même si ce film se concentre à priori sur deux années de sa vie, il aborde beaucoup plus : ses débuts, sa percée, ses échecs, son épanouissement personnel jusqu’à son mariage avec la bassiste de jazz, Sture Akerberg, ses démons et même ses premiers pas d’actrice.
Ca fait beaucoup, mais le réalisateur danois Per Fly avait sans doute une double mission en faisant ce film : satisfaire ceux qui la connaissaient bien (le public scandinave où elle reste populaire) et la faire connaître aux autres.
Du coup, le film est un peu conciliant avec certaines périodes de sa vie qu’on aurait aimé traitées plus brièvement. Mais, il n’élude aucun problème et reste très explicite sur la complexité, pour ne pas dire la dualité du personnage.
Intéressant d’autant que du film ressortent deux très belles découvertes : celle de la vraie Monica Zetterlund et celle, encore plus impressionnante, de la très belle et très talentueuse Edda Magnason, qui irradie littéralement ici, en interprétant elle-même la plupart des chansons du film. Une actrice et chanteuse à suivre absolument.
2013 – Suède – 1h51
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Le film commence avant même le générique, par des phrases critiques que s’adresse à elle-même une adolescente mal dans sa peau et mal-aimée.
Daisy a 15 ans et les problèmes d’une américaine de son âge : ce qui compte au delà de tout, c’est son apparence physique qui lui impose un contrôle de soi hors norme, c’est de répondre au diktat de la mode et de l’apparence.
Son père l’a envoyée pour les vacances chez ses cousins dans la campagne anglaise. Elle y arrive seule et se méfie. Mais, bientôt, leur style de vie bohême – leur mère est trop occupée pour les surveiller-, des souvenirs enfouis et surtout la présence envoûtante de son cousin Eddie vont avoir raison de ses angoisses et son égocentrisme.
Quand la guerre éclate et qu’il leur faut fuir la maison, Daisy est armée pour se battre et survivre.
« How I live now » ou « Maintenant c’est ma vie », adapté du roman de Meg Rosoff, est un film initiatique assez déroutant. Parce que l’héroïne est une jeune femme peu aimable, confrontée non pas directement au monde des adultes mais à la survie d’un groupe d’enfants, que ce qui l’attend est vraiment hors norme et que la conclusion qu’elle en tirera est encore plus intemporelle.
Formellement, le film est aussi étonnant : les images sont remarquablement cadrées et donne une impression complètement différentes au fur et à mesure que le récit se déroule. On commence par une séquence complètement contemporaine, avant de plonger dans une sorte de nostalgie bienheureuse mais menacée ; avant de plonger dans un futur apocalyptique mais qui reste familier.
Une belle découverte, si l’on excepte là toute fin, un peu cul-cul… même si c’est elle qui donne son sens au film et à son titre.
2013 – Royaume-Uni – 1h46
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Peut-on aller voir un film juste sur son affiche ? Et pourquoi pas, après tout ? Celle de « L’étrange couleur des larmes de ton corps » est magnifique, en rupture complète avec les codes habituels.
Dans une esthétique Art Nouveau, une blonde torse nu tient un tout petit homme dans sa main. Et c’est toute l’histoire de ce film ou plutôt de cette expérience visuelle et sonore.
Ici, pas de narration ou presque. Un homme revient d’un voyage d’affaires. Il pense retrouver sa femme mais elle a disparu. Sans laisser de trace et sans que l’appartement, fermé de l’intérieur, n’ait été visité. L’homme commence son enquête, mais ce sont bientôt le passé de l’immeuble et ses démons intérieurs qui vont prendre le pas sur sa quête.
Dans la veine du cinéma fantastique expérimental, « L’étrange couleur des larmes de ton corps » est une expérience unique, éprouvante qui vaut surtout et avant tout par les décors qu’elle met en scène : une série d’appartements Art nouveau, dont regorge Bruxelles (et pas Paris), une architecture noueuse (on parle de style Nouilles), luxuriante mais dont l’aspect très décoratif serait une sorte de couverture pour dissimuler l’inavouable (mais quel est-il d’ailleurs?)
De même, les réalisateurs ont accordé une attention toute particulière à la bande originale. Beaucoup plus qu’à la lisibilité de leur histoire et de leur propos. Ici, l’enveloppe vaut plus que ce qu’elle contient. Mieux vaut le savoir.
2012 – Belgique – 1h42
Interdit aux moins de 12 ans
Le 5ème long métrage réalisé par le beau George Clooney était en compétition officielle lors du dernier festival de Berlin, en février 2014. Avec une certaine audace de la part des sélectionneurs tant les allemands y ont le mauvais rôle, mais sans aucune chance de figurer au palmarès. Ce qui laisse déjà présager le pire.
Les Monuments Men ont été une escouade de spécialistes de l’histoire de l’art, de conservateurs de musée et autres architectes, américains, anglais et français qui se sont mis au service de l’armée américaine en 1944 pour aller chercher et protéger les œuvres d’art belges, françaises, italiennes… qu’Hitler pillait pour son fameux projet de plus grand musée du monde.
Des vierges à l’enfant aux auto-portraits de Rembrandt, ces apprentis soldats sont partis plus que motivés pour mettre un terme aux ambitions artistiques hitlériennes. Avec pour credo qu’un peuple peut toujours se reconstituer même lorsqu’il est décimé, alors qu’il ne se remettra jamais de la disparition de sa mémoire, surtout quand elle est artistique. Soit.
Fort de cette prise de position, George Clooney se donne comme toujours le beau rôle et s’illustre en étant derrière et devant la caméra, en chef de cette équipe mal entraînée à la guerre, mais à l’œil expert.
On assiste donc à la constitution de cette équipe valeureuse mais vieillissante, puis à la manière dont elle va finir par dégotter le fameux trésor, aidée en cela d’une secrétaire ex-conservatrice de musée (Cate Blanchett en vieille fille malaimée) qui a scrupuleusement catalogué toutes les oeuvres concernées.
Réalisateur prometteur dont les deux premiers films avaient affirmé son intelligence critique, George Clooney semble depuis « Jeux de dupes » (sur le football américain) en manque complet d’inspiration.
S’il sait toujours détecter de bons sujets – celui de Monuments Men est passionnant – , pourquoi en tire-t-il une histoire complètement anecdotique, une quasi pochade portée par un casting de potes, manifestement contents d’être là mais peu motivés pour défendre leur partition?
Et que dire du rôle complètement caricatural de vieille fille amoureuse de son musée mais quand même séduisante si on s’y attarde qui revient à Cate Blanchett et que pour une fois, elle ne parvient même pas à défendre ?
Allez George, et même si son capital sympathie a été sérieusement entamé cette fois-ci, on continue quand même à croire en toi… mais ressaisis-toi. Vite !
2013 – Etats- Unis – 1h58