Ce film triste, dur s’inspire d’une nouvelle autobiographique de Friedrich Gorenstein, un écrivain russe marquée par son enfance durant la Seconde Guerre Mondiale. Gorestein est le fils d’utopistes convaincus que le communisme s’étendrait au monde entier. Son père fut pourtant fusillé car juif sans autre forme de procès. Sans nouvelles de lui, sa mère se rend à Moscou et quand elle découvre la vérité, décide de repartir en Ukraine par le train. Mais, elle tombe malade durant le trajet.
Se débrouiller et survivre
C’est là que le film commence, quand la mère est emmenée à l’hôpital. Son fils, 9 ans, a la charge de leurs affaires, d’alerter son grand-père. Il doit aussi retrouver sa mère. Il parvient à tout faire, sachant à peine lire et écrire, et même à poursuivre son voyage. Mais, on est en hiver 1944 et l’époque est plus à la survie et à l’individualisme qu’à l’entraide.
Dans un noir et blanc un peu nostalgique, qui livre de belles images sur la vie désolée en URSS, ce film difficile repose sur la justesse de l’acteur très sensible qu’est le jeune Dmitriy Kobetskoy, un jeune orphelin d’Odessa découvert après un long casting. Katerina Golubeva qui joue est sa mère signe à ses côtés sa dernière performance.
D’Eva Neymann, avec Dmitriy Kobetskoy, Katerina Golubeva, Mikhai Pvekksla…
Voilà un des films en Sélection Officielle lors du Festival de Cannes 2013 que Cine-Woman attendait avec impatience. Alex van Warmerdam a une entrée fracassante dans le cinéma dans les années 1990 avec deux films très originaux « Les habitants » en 1992 et « La robe et l’effet qu’elle produit sur les femmes qui la portent et les hommes qui la regardent » en 1996. Tout un programme. C’est vrai que depuis, ses films étaient moins intéressants mais le savoir à nouveau dans le plus prestigieux des festivals semblait de bonne augure.
Mal pensant
» Borgman » commence là encore de manière radicale. Un prête et ses acolytes partent littéralement déterrer des hommes qui vivent sous terre. L’un d’eux cherche refuge dans une villa très cossue, où après un accueil percutant, il est finalement recueilli. Dire qu’il sème le désordre dans la vie très rangée et très bourgeoise de ses hôtes est un euphémisme… et on perçoit très vite que les choses vont rapidement mal tourner.
En s’invitant à la table des fantasmes non assouvis de la femme, de la mère de cette famille impeccable, il va bousculer sans aucune limite l’ordre établi. Inutile d’en savoir plus car la puissance du film tient plus à la manière très particulière, à la fois distanciée et étrangement absurde dont cette invasion est racontée. Alex van Warmerdam se moque du conformisme de la société néerlandaise et de l’ennui auquel il conduit inévitablement.
Mise en scène radicale
Il le fait radicalement, sans concession en filmant frontalement et de manière très froide, sans aucune émotion apparente. Sa mise en scène est comparable à l’architecture de la maison du film, où ce quasi huis clos prend corps. Carrée, froide, pure et en béton brut. Une telle maîtrise n’empêche pas le chaos loin de là ! Mais, justement, en ne se tenant qu’à cette critique au vitriol des conventions bourgeoises, le propos de son film reste un peu vain. C’est dommage. On a plus l’impression d’assister à un exercice de style qui nous tient à distance qu’à un film qui nous emporterait totalement.
Avec Jan Bijvoet, Hadewych Minis, Jeroen Perceval, Sara Hjort Ditlevsen
2013 – Pays-Bas – 1h53
Les autres sorties du 20 novembre traitées par cine-woman :
L’enfer d’une jeune fille kidnappée pour être prostituée de force
Hyun Jae a à peine 18 ans et est une jeune fille plutôt sage quand un jeune homme en uniforme lui offre un verre dans un bar. Il propose en suite de la ramener chez elle en voiture. Elle n’y arrivera jamais. Son « beau pompier » est en fait un rabatteur pour un réseau particulièrement cruel de prostitution et de trafic de drogue.
Séquestrée
Enfermée dans un hangar de stockage en plein milieu du désert du Nouveau-Mexique, avec un grand nombre d’autres jeunes filles qui subissent le même sort, Huyn Jae, rebaptisée Eden, se rebelle tout d’abord puis rouée de coups, contrainte de porter un bracelet électronique volé au tribunal par son mac -le sheriff local-, elle comprend que c’est son intelligence qui la sauvera. Armée de la plus grande des patiences, elle parvient à se rendre utile pour le réseau et, à la faveur d’une guerre des chefs, à s’évader de cet enfer.
Sans rien apporter de nouveau, ce film de facture très classique raconte par le menu (sans en montrer les aspects les plus sordides, les scènes de prostitution puis de punition sont suggérées plus que montrées) l’histoire vraie et horrible dont a été victime, Chong Kim, une jeune coréenne immigrée aux Etats-Unis, kidnappée de force par un tel réseau et qui réussira à s’en échapper.
Témoignage
Ce qu’elle a vécu est tout simplement atroce et il faut avoir une force de caractère surhumaine pour s’en remettre et s’en enfuir. Depuis, la vraie jeune femme a qui tout cela est arrivé, Chong Kim est devenue avocate et consacre son temps à lutter contre l’esclavage sexuel et au trafic d’enfants. Ce que l’on apprend jamais (malheureusement) en regardant le film.
Mais ce témoignage reste crucial et important. Surtout quand comme moi, on voit le film le jour où 343 connards qui s’en mordent aujourd’hui les doigts (les pauvres!) signent une pétition pour pouvoir continuer à se payer des putes. S’ils avaient juste la curiosité de regarder comment fonctionne un réseau de prostituées, alors sans doute remontraient-ils leur braguette prestement…
Ce film (une toute petite sortie) restera une goutte d’eau dans un océan. Mais qu’il serve d’avertissement à la fois aux jeunes filles pour qu’elles se méfient des mauvaises rencontres ou aux bad boys et à ceux qui jouent à l’être, c’est déjà un premier pas.
de Megan Griffiths, avec Jamie Chung, Matt O’Leary, Beau Bridgers…
2012 – USA – 1h37
Les autres films du 13 novembre chroniqués sur cine-woman :
Avec Il était une forêt, Luc Jacquet délaisse l’Antarctique et L’Empereur pour s’intéresser à l’histoire d’une forêt primaire tropicale. Celle qui nous aide à vivre.
Un travelling sur une allée parisienne bordée d’arbres… En un seul plan, on devine qu’un grand réalisateur est aux commandes. On suit ainsi sans rien en voir Roman Polanski se glisser jusqu’à l’entrée d’un théâtre parisien. Une double porte s’ouvre toute seule, sur une pancarte bricolée annonçant une audition. Au loin, dans la salle, un metteur en scène (Mathieu Amalric) se lamente au téléphone de n’avoir pas trouvé de sa journée ratée. Aucune comédienne n’a été à la hauteur de ses attentes pour jouer dans sa pièce, La Vénus à la fourrure, inspirée d’un roman de Sacher-Masoch.
« Rien n’est plus cruel pour un homme…
Arrive alors Vanda (Emmanuelle Seigner), une inconnue vulgaire et sans gêne, qui, en plus du prénom de l’héroïne, prétend posséder le rôle sur le bout des doigts. Elle est très en retard. Il se méfie. Elle le poursuit et finit par lui prouver, accessoires à l’appui et texte appris au cordeau, qu’elle est bien la Vanda qu’il attend.
Mais, Vanda n’est pas un rôle comme un autre : c’est celui d’une jeune femme apparemment sans histoire, qui se révèlera une redoutable séductrice de l’homme à qui elle s’adresse. Un étrange rapport de séduction/ domination/soumission se met en place entre Vanda et le metteur en scène, qui finit par lui donne la réplique. Mais, est-ce toujours du théâtre ?
…que l’infidélité d’une femme »
Dans un décor unique (une salle de théâtre, de la partie publique aux coulisses) et avec en tout et pour tout, seulement deux acteurs, Polanski réussit la prouesse de bousculer les codes du cinéma et de la séduction. Le texte magnifique mériterait d’être écouté plusieurs fois. Un jeu étrange s’installe entre ce que l’on voit, ce qui est joué, ce que l’on sent et ce que l’on sous-entend. Le jeu des acteurs (même si Emmanuelle Seigner est un peu énervante au début) est sidérant. Elle parvient, grâce à sa plastique parfaite, sexy et un réel pouvoir de séduction, à instaurer un trouble palpable aussi bien chez le spectateur que chez le partenaire/metteur en scène qui lui fait face.
Avec si peu de moyens, ce nouveau film de Polanski, le second adapté du théâtre après « Carnages » et nettement plus réussi, prodigue un maximum d’effets. Une véritable leçon de séduction porté par un texte d’une intelligence et d’une sensualité torride. Brillant !
De Roman Polanski, avec Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric
2013 – France/Pologne – 1h35
Les autres films du 13 novembre chroniqués sur cine-woman :
Jane Campion mérite une exception. Que Cine-Woman délaisse le cinéma stricto sensu pour parler d’une série TV, « Top of the lake » diffusée désormais en VOD sur la plate-forme d’Arte. Mais, du cinéma, « Top of the lake » en regorge. Bien plus que certains films.
Jane Campion, seule réalisatrice à avoir remporté une Palme d’Or à Cannes, n’est pas l’unique réalisatrices de « Top of the lake » mais elle en est l’inspiratrice, la productrice, la co-scénariste auprès de Gérard Lee… Elle l’a bel et bien dirigé un épisode sur deux confiant les autres à un certain Garth Davis. Et sa « patte » ne fait aucun doute : les paysages de Nouvelle-Zélande sont sublimés par sa camera et l’intrigue volontiers teintée d’un féminisme très original lui ressemble parfaitement.
Thriller incestueux
L’ensemble de la série est une longue intrigue policière particulièrement retors et complexe. Mais, c’est aussi beaucoup plus que cela. L’histoire débute par une image, vécue par Jane Campion. Tui, une jeune fille de 12 ans, habillée en uniforme d’école, s’enfonce lentement dans un lac glacial. On découvrira par la suite qu’elle est enceinte. Robin, une policière de la brigade des mineures est justement dans le coin –elle en est originaire, y a grandi et venait rendre visite à sa mère malade -. Pour elle, c’est un cas d’espère qu’il faut absolument résoudre (on comprendra pourquoi plus tard). Elle s’y emploiera hors de toutes limites.
Et Robin (Elisabeth Moss, l’ambitieuse de Mad Men) aura fort à faire : non seulement le commissariat est peuplé d’hommes plutôt rustiques, managé par un chef raffiné mais à la moralité douteuse, mais Tui est la fille de Matt (Peter Mullan), un baron local de la drogue qui a un étrange rapport aux femmes (à sa mère et à sa fille notamment) et règne en maître sur un monde qui lui est dévoué. Et puis, Robin doit s’occuper de cette mère malade, mère qui a une ample connaissance des moeurs locales sans les révéler à sa fille. Et Robin renoue aussi avec des vieilles connaissances…
Paradise, lieu d’épanouissement féminin
Enfin, il a cette immense domaine, Paradise, situé en bordure du fameux lac, bordé par des montagnes majestueuses qu’une communauté vient d’acquérir au nez et à la barbe de Matt qui revendique un droit de propriété absolue sur cette terre où sa mère est enterrée.
La communauté de Paradise a une particularité : elle n’est composée que de femmes brisées par la vie. Des femmes violentées, désaimées, qui tentent ici de se reconstruire grâce à l’étrange sagesse de leur gourou : la mystérieuse GJ, une sorte de sorcière aux longs cheveux blancs qui économise ses mots mais s’avère fin psychologue. Elle est interprétée avec distance par une Holly Hunter (La leçon de piano) méconnaissable.
L’histoire commence vraiment lorsque Tui va y chercher refuge. Le lendemain matin, elle a disparu et personne ne sait ce qu’elle est devenue…
Pas un manifeste féministe…
Outre la réalisation qui est vraiment spectaculaire – les paysages crèvent littéralement l’écran, la nature s’imposant à cette communauté rurale jusque dans leurs réactions entre humains, les personnages sont tous d’une originalité troublante, d’une consistance épaisse, l’intrigue est machiavélique à souhait- , ces six épisodes, parfois un peu âpres à avaler d’un seul coup, interrogent tout du long le rôle, la place de la femme dans la société. Et pas seulement là-bas dans les montagnes. Ici aussi.
« Ce n’est pas une manifeste féministe », déclare Jane Campion, et elle a raison. Mais, « L’identification, c’est une porte d’entrée dans cet autre monde créé par le cinéma. Donc cela m’est naturel de raconter des histoires du point de vue d’une héroïne. Il y a tellement peu de réalisatrices, alors si en plus il faut faire des films sur des hommes… Mais peut-être le ferai-je un jour, qui sait ? La sous-représentation des femmes dans le cinéma, c’est un sujet qui donne envie de bâiller et de grincer des dents à la fois. Que rien n’ait changé depuis tout ce temps, c’est d’un tel ennui ! À mon avis, ce qu’il faudrait, c’est qu’Abraham Lincoln revienne et en fasse un décret : « Que la moitié des films dans le monde soient mis en scène par des femmes.» Mais ça ne risque pas d’arriver ».
… Un film féminin
Tout est dit. Et la manière dont elle s’intéresse avec humour à cette communauté de femmes malmenées par la vie, elles qui sont hors des canons de beauté habituelles et dont elle les confronte à la grossesse d’une toute jeune fille, d’une enfant même, est d’une subtilité bien plus intéressante que ne l’aurait été un manifeste plus revendicatif. Et que l’enquête soit menée de bout en bout par une jeune femme en plein questionnement sur sa filiation et ses engagements affectifs est d’une portée vraiment passionnante.
De Jane Campion et Garith Davis, avec Elisabeth Moss, Peter Mullan, Holly Hunter, Thomas M.Wright, Jacqueline Joe
Diffusion sur Arte des trois premiers épisodes le jeudi 7 novembre, des trois derniers le jeudi 14 novembre à partir de 20h50.
Réalisatrice et écrivain, Lucia Puenzo aime jouer avec les lignes. Son premier film s’intéressait à l’adolescence d’un hermaphrodite. Celui-ci , le troisième, aborde la question des nazis immigrés après la seconde guerre mondiale en Argentine.
A bout du monde
Le film commence par un déménagement, celui d’une famille de trois enfants, qui part s’installer sur le Lac Nahuel Huapi pour s’y occuper d’un hôtel. L’endroit est magique et très isolé, une sorte de paysage suisse en plus spacieux, en plus grandiose, une nature abondante, impressionnante et imposante. La comparaison est d’autant plus justifiée qu’on parle allemand dans cette région où la communauté germanique est bien implantée. Nous sommes vers Bariloche, en pleine Patagonie aux débuts des années 1960.
L’un des clients de l’hôtel est allemand et médecin. Il s’intéresse de près à Lilith, une des jeunes filles de la famille, blonde, âgée de 12 ans et est un peu trop petite pour son âge. Lilith devient une obsession pour lui. Il veut s’occuper d’elle et parvenir à la faire grandir. A lui donner des mensurations parfaites. Rien d’étonnant. Ce médecin s’appelle Mengele et c’est l’abominable expérimentateur de tant d’expériences à visée eugéniste du régime nazi d’Hitler.
Le vrai du faux
Selon Lucia Puenzo, l’histoire est fictive mais elle est extrêmement plausible. Mengele a bien été hébergé en Argentine, dans la communauté de Barichole, une espionne israélienne aurait bien été assassinée là-bas sans doute après l’avoir dénoncé, l’école où Lilith est scolarisée en allemand a bien existé etc. et c’est évidemment ce qui donne toute sa force au film.
Fidèle à son habitude, la réalisatrice aborde son sujet par le point de vue de l’adolescente, entre la réalité qu’elle perçoit et l’imaginaire propre à son âge. Ce qui laisse flotter une ambivalence intéressante quant à ce qui se passe réellement : le vit-elle ou l’interprète-t-elle ?
Trop distant
Ce qui l’est moins, c’est la froideur extrême, l’austérité générale qui habite son film. Du coup, une distance s’installe entre ce qu’elle montre et ce que le spectateur ressent, l’éloignant toujours plus d’un sujet qu’il observe, qu’il regarde de loin sans jamais s’y impliquer. C’est dommage car le film passe alors comme une image alors que son sujet mériterait qu’il s’installe comme une obsession, qu’on ne puisse s’en échapper, s’en réchapper.
Le film a été présentée à Cannes 2013 dans la catégorie Un certain Regard et sera le représentant officiel de l’Argentine aux Oscar 2014.
De Lucia Puenzo, avec Alex Brendemühl, Natalia Oreiro, Diego Peretti, Elena Roger…
2013 – Argentine/France – 1h33
Les autres films du 6 novembre chroniqués sur cine-woman :
Mieux cerner les arcanes du pouvoir, arpenter les chemins de la prise de décision pour toute une nation, voilà des enjeux d’envergure que Cine-Woman ne peut, ne veut ignorer. Et quand c’est Bertrand Tavernier qui les balise, l’envie et la curiosité deviennent encore plus fortes.
Du vécu
C’est une BD à succès signée Abel Lanzac et Christophe Blain qui a inspiré le réalisateur de « Capitaine Conan ». Fidèle au récit vécu par l’un des auteurs, le film raconte l’arrivée d’un non-initié au sein d’un cabinet ministériel, celui des Affaires Etrangères sous Dominique de Villepin, puisque, même s’il n’est jamais nommé, tout le monde le reconnaît.
Ce débutant, dont on ne sait pas très bien ce qu’il a fait pour mériter ce nouveau poste, déboule donc un matin au Ministère pour passer un entretien d’embauche. Et déjà toute la rationalité qui devrait être au pouvoir disparaît. Entre deux portes, sans s’être jamais réellement présenté, Arthur Vlaminck, un jeune thésard joué par Raphaël Personnaz, va comprendre par lui-même qu’il est engagé pour écrire les discours du ministre. Or, celui-ci, rebaptisé ici Alexandre Taillard de Worms (Thierry Lhermitte), a une haute idée de sa personne, de sa fonction si tant est qu’elle lui permet de frayer parmi les grands de ce monde et de se révéler parmi les puissants. Ses discours se doivent donc d’être grandioses et de marquer leur époque, comme celui ultime qui clôture le film, le discours des Nations-Unies, applaudi par la salle, ce qui est rarissime.
Dé-co-der
Mais, trouver sa voie au milieu du labyrinthe géographique et décisionnel d’un cabinet ministériel n’est pas chose aisée. Non seulement rien ni personne ne vous attend, même pas un bureau et une chaise, évidemment pas un ordinateur en bon état de marche et surtout pas relié à Internet (secret défense oblige). Surtout le parcours est jonché d’obstacles, de rivalités, de coups bas qui peuvent surgir à tout moment. On ne peut se fier à personne et une alliance d’un jour est une entrave le lendemain.
Le film conte, par une succession de saynètes, la manière dont ce cabinet se débat dans des enjeux internationaux sérieux voire graves (tous les références sont masquées, les noms des personnages comme des pays inventés mais on comprend aisément qu’ils correspondent tous à des gens ou des événements réels). Il doit surtout jouer avec la personnalité d’un ministre flamboyant, ayant une haute idée de sa personne et de ce que la fonction peut lui apporter, mais complètement irrationnel et autocentré – la scène de la rencontre avec l’écrivain Molly Hutchinson (Jane Birkin) est à ce propos très éloquente-.
Lieu de pouvoirs
Le cabinet est lui-même composé de personnalités hétéroclites (une seule femme (Julie Gayet) aussitôt jugée sur la manière dont elle use, abuse de son pouvoir de séduction), souvent des brillants esprits plutôt connaisseurs de leurs dossiers mais qui passent leur temps à protéger leur parcelle de pouvoir et à se faire bien voir d’un ministre tout-puissant. Bref, des technocrates plus concernés aux-aussi par leur carrière que par leurs actions.
Une telle description du fonctionnement d’un cabinet ministériel est à la fois inédite et intéressante : contrairement à « L’Exercice de l’Etat » de Pierre Schoeller qui offrait une vision dramatique et responsabilisante d’un tel cabinet, ici c’est la comédie du pouvoir qui est mise à l’image. Le film ne donne jamais l’impression d’une ligne de conduite forte, bref d’une politique guidée par un intérêt général ou bien d’une vision un tant peu soit peu stratégique des hautes sphères de l’Etat français. Non ici, on gère des situations, des coups, des tensions selon l’humeur du jour et selon surtout l’humeur du ministre.
Le fait du Prince
En renforçant constamment cet aspect, en soulignant les lubies du Ministre qui « stabilote » à tout va en se référant à Héraclite en permanence –dont les citations structurent le film – Tavernier appuie sur l’irrationalité et l’irresponsabilité totale du pouvoir en France. Il en dresse une critique grinçante mais qui reste superficielle. On a presque l’impression que lui-même n’en croit ni ses yeux, ni ses oreilles.
Certes, on comprend que la vie d’un cabinet ministériel est un tourbillon permanent, une lutte sempiternelle de chacun pour sa survie. Bref, un épiphénomène dans ce monde sans repères qu’une conjonction de circonstances amèneront à briller ou pas.
Caricatural?
La frustration du spectateur peut donc se résumer : « le pouvoir politique ne peut-il être que cela ? ». Si c’est le cas, l’abstention devrait légitimement battre de nouveaux records aux élections. Si ça ne l’est pas, ce film ne sera alors qu’une caricature assez enlevée, parfois amusante, d’autre fois consternante du pouvoir. Et le jeu des acteurs principaux, Thierry Lhermitte et Raphaël Personnaz, qui misent à la fois sur leur physique et sur leur comique, renforcent cet aspect. A l’inverse, la profondeur, le flegme de Niels Arestrup laissent à croire que certains ont conscience de l’impact de leurs choix et de leurs décisions. Mais, justement, en ne choisissant jamais entre ces deux options, le film de Tavernier laisse une drôle impression d’inachevé.
De Bertrand Tavernier, avec Raphaël Personnaz, Thierry Lhermitte, Niels Arestrup, Julie Gayet, Jane Birkin…
2013 – France – 1h53
Les autres films du 6 novembre chroniqués sur cine-woman :
D’habitude, un film de Richard Curtis est la promesse d’un bon moment souvent encore partagé des années plus tard avec une bande de copines. Mais, le réalisateur de « Quatre mariages et un enterrement », de « Coup de foudre à Notting Hill », du « Journal de Bridget Jones » 1 et 2 ou encore du très nostalgique mais passionnant « Good morning England » sur les débuts du rock à la radio, est capable de vrais moments de faiblesse.
Seconde chance
Son nouveau film, « Il était temps », est sans doute le pire qu’il ait vécu. Soit l’histoire de Tim, un jeune homme de bonne famille anglaise, qui découvre le jour de ses 21 ans, que lui comme tous les hommes de sa famille possède un don : celui de voyager dans le temps.
Grâce à cela, il peut revivre les moments-clés de sa vie en les améliorant au passage. Et puisque ce don doit être utilisé avec parcimonie, Tim (Domhnall Gleeson) décide d’en concentrer l’utilisation dans sa vie amoureuse, disons pour séduire et convaincre Mary (Rachel McAdams) de devenir la femme de sa vie. Leur vie, sa vie sera-t-elle parfaite pour autant ?
Lisse et sans attrait
Evidemment, un tel talent va forcément donner lieu à des situations très cocasses – quand Tim prétend avoir déjà rencontré Mary par exemple- mais elles sont loin d’être nombreuses et toujours efficaces. Surtout, il n donne lieu à aucune déception majeure, comme si le fameux Tim était seul maître à bord de son destin.
A vrai dire, on s’ennuie ferme dans ce spectacle lénifiant qui vante l’amour d’une vie et fait l’apologie de bonnes relations familiales. Sans qu’elles soient toutes extraordinaires, les comédies romantiques de Richard Curtis avaient au moins un charme, un rythme, un aspect inédit qui ont parfois réussi à les rendre cultes. Ce fut le cas de « Quatre mariages et un enterrement » mais aussi de « Coup de foudre à Notting Hill » qui se revoient avec plaisir. On n’en dira pas autant avec « Il était temps » qui ne laisse aucun souvenir seulement quelques jours après l’avoir vu.
De Richard Curtis, avec Domhnall Gleeson, Rachel McAdams, Bill Nighy…
2013 – USA – 2h03
Les autres films du 6 novembre chroniqués sur cine-woman :
C’est la première image du tournage de « Unbroken », le film qu’est en train de réaliser Angelina Jolie. Après un documentaire « A place in time » et la touchante histoire d’amour hors norme et en pleine guerre d’ex-Yougoslavie racontée dans « Au pays du sang et du miel », elle se concentre cette fois sur un héros américain : Louis « Louie » Zamperini.
Vivre à tout prix
Adapté du livre de Laura Hillenbrand, » Unbroken : A World War II Story of Survival, Resilience, and Redemption », paru en 2010, le film retrace le parcours à peine croyable de cet américain d’origine italienne. Ancien délinquant, il retrouve le droit chemin par le sport. Coureur de fond, il a fini 8ème aux JO de Berlin en 1936.
Quand la guerre est déclarée, il entre dans l’US Air Force. Son avion bombardé se crashe en mer. Louis Zamperini dérive alors 47 jours durant sur un radeau. Il fait fait prisonnier par les Japonais et deviendra la bête noire e son geôlier qui le torture plus que de raison pendant 27 mois. Il survit par miracle, est libéré après la capitulation de l’Empereur.
Résilience
De retour aux Etats-Unis, complètement traumatisé, il sombre dans l’alcoolisme puis rencontre le prêcheur Billy Graham et rencontre Dieu et repart pardonner à ses bourreaux au Japon. A plus de 90 ans, Louis Zamperini fait toujours du sport (du skate et du ski paraît-il) et a toujours la foi.
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